
Jansé chante l'amour et sa quête initiatique, critique en poésie notre société à la dérive et appelle en musique une spiritualité ouverte, comme ferment d'un monde à inventer ensemble. Seul en scène avec guitare et tambour ou accompagné de SunFab aux claviers électro et/ou de Julie M à la danse, leurs concerts participatifs nourrissent l'âme, font bouger les genoux et célèbrent en conscience le vivant !

"Au nom de la Vie !"
« Ainsi je vais entremêlant
les mots et les sons affinant
comme est la langue entremêlée
à la langue dans le baiser »
Bernard Marti
( XIIème siècle)
Né en Bretagne en 1968 au bord de la mer, j’ai grandi en campagne normande biberonné à la chanson française (Ferré, Brel, Brassens…). Je passe la majeure partie de mon temps dehors, en pleine nature et le jour de mon entrée à l’école, en CP (classe unique à Mieuxcé, commune d’une centaines d’habitants, à majorité paysanne) je pose sur mon petit bureau un galet rapporté de mes dernières vacances et mon canif: la maîtresse me les confisque direct ! Ni une ni deux je saute de mon banc, attrape la porte et cours dehors, loin de cet univers qui entrave ma liberté… Mais la maîtresse va la jouer finement et je n’oublierai jamais le cadeau qu’elle m’a fait ce jour-là: après avoir envoyé un CM2 qui court dix fois plus vite que moi me ramener dans la classe, elle me rend mon galet mais garde le canif et me tend un stylo-plume ! « Avec ça, me dit-elle, tu vas pouvoir apprendre à écrire ! » Puis mes oncles vont me transmettre quelques accords de blues au coin du feu en me faisant écouter Higelin, Lavilliers, Thiéfaine…
Dans un bled voisin mes parents me paieront des cours de guitare classique avec un prof qui joue dans les bals le samedi soir, Tonio Garcia qui, sans que je ne lui demande rien (pack de bière sur la table et même parfois le litre de gnôle) m’enseignera aussi les bases de l’écriture musicale, du contre-point et de l’harmonie classique. Grâce lui soit rendue ! Je joue Bach, Ravel, Villa-Lobos, Brouwer… Les poèmes, eux, viennent sans prof, en lisant et en m’essayant en secret à dire ce que je ne peux pas dire directement: mes rêves, mes visions mais aussi mon mal-être existentiel et mes difficultés à être à l’aise dans ma famille ou au lycée avec les filles…
Après le bac je monte à Paris pour faire des études de musicologie (je me passionne pour le Jazz et les Orkestra semi-improvisés de plusieurs dizaines de musiciens comme ceux de Coltrane ou de Charlie Haden…) mais pris dans les mouvements étudiants de 1986 au cours desquels allait mourir Malik Oussekine frappé à mort par des policiers, dégouté j’arrête tout (la guitare, la musique, la fac et le conservatoire) et je pars à pied me réfugier sur l’île d’Ouessant pendant tout un hiver au cours duquel je pratique assidûment la méditation de pleine conscience, découvrant ce qu’il y a en dessous de la musique et quand on la joue, entre les notes: le silence…
« Etincelle d’or de la lumière Nature » comme l’écrivait Rimbaud au printemps je prends la route, sac au dos à travers le monde (Canada, Sahara, Inde, Europe de l’Est) en écrivant de la poésie (carnets de voyages, poèmes en prose, haïkus…) Tout en vivant de nombreuses expériences musicales inoubliables (en compagnie de musiciens aveugles mendiants sur un trottoir à New Delhi ou avec des musiciens soufis pendant le Ramadan à Timimoun) je fais mille petits boulots dans le bâtiment, la restauration, le décor, l’animation pour subvenir à mes besoins et financer mes billets de train, d’avion, de ferry…
C’est au retour du Grand Nord (« La Route Bleue » de Kenneth White dans la poche arrière de mon jeans) que l’armée française me cueille pour mon service militaire. Je refuse de porter les armes et d’apprendre à tuer mon prochain comme seule mode de gestion des conflits, demande le statut d’objecteur de conscience et l’obtiens. 12 mois dans une Maison des Jeunes et de la Culture à Alençon en tant qu’animateur où je découvre que transmettre son art aux plus jeunes générations, son artisanat (écriture, mélodie, rythme, accords…) qui aide à dire, qui donne la parole, en échange d’un peu de discipline et de bonne volonté: non seulement c’est utile mais ça fait du bien, à tout le monde !
7 ans après avoir quitté Paris par soif d’aventures et de quête intérieure je reviens vivre à Montreuil avec ma compagne. J’auto-édite à la photocopieuse mes livres de poèmes que je vends et lis dans les bars, les squatts, sur les ondes (Radio Aligre avec V.Gréby, Radio Libertaire émission Epsilonia). Puis les éditions Cactus m’éditent un « scrap book », roman fragmenté de slam, dessins, photo-montages, accompagné de « PARIS-ballad’ACT », poème sonore réalisé avec les Kristoff K.Roll, musiciens acousmatiques. Je commence alors à monter sur scène avec le groupe Elu Par Cette Crapule, quatuor de musique improvisée au sein duquel je dis des poèmes d’Aimé Césaire, Henri Michaux, Bertold Bretch, Blaise Cendrars redécouvrant petit à petit le son du sens et le sens du son (concerts au Lavoir Moderne Parisien, à la galerie Donguy, à la FNAC de Caen) ; je teste aussi régulièrement mes nouvelles chansons en tapant la manche dans le métro...
A partir de 1995, tout en travaillant comme éducateur sur des chantiers d’insertion à La Courneuve, je tourne avec différentes formations : NAO, avec Felipe Vincenot à la guitare (nombreux concerts en plein air sur la sono mobile de Droits Devants, pendant les manifestations de soutien aux Sans-Papiers) puis MATCH D’OMBRES, formation plus rock (première partie de Tryo) ​
En 1998, de retour d’un voyage au Mali, j’auto-produis
« Au cœur de tout » avec la complicité de Meïssa M’Baye et Tom Diakité aux percussions (Festival Afrique Urbain à Rennes, FestiVal de Marne, bars parisiens...) Parallèlement, j’officie comme poète/chanteur au sein du groupe de V.Glenn Les Estrangers ; un des titres de cette période, « Ne pas dormir » se retrouvera dans son film « Pas Assez De Volume » (concerts au CAES, à la Maison Pop de Montreuil, à Marseille, Bruxelles...)
En 1999 ma première fille vient de naître et je commence une psychanalyse qui me fera prendre conscience du pouvoir de la langue en me guérissant de quelques traumas qui entravaient ma route. Je reprends des études, en art-thérapie avec spécialisation musique et médiation culturelle, domaine dans lequel je vais travailler pendant 15 ans, comme musico-thérapeute avec des personnes handicapées moteur, des personnes autistes, comme artiste-intervenant en Maison d’Arrêt, en association d’insertion et comme pédagogue dans différentes structures (ateliers d’écriture, de chant, de percussions).
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En 2005, je me passionne pour la Dub Poetry (je traduis en français les lyrics de LKJ, Oku Onuora, Mutabaruka) et la chanson revenant me taquiner j’auto-produis « Soul Marinero » avec la complicité de Xavier Thibault à la MAO et d’Hervé Leboucher à la batterie. Du simple guitare/voix au septet (avec accordéon, violon , n’goni, trompette et chœurs), le projet aura joué une cinquantaine de concerts (beaucoup de bars à Paris, Normandie et Bretagne, la maison Pop à Montreuil, l’Etage à Belleville, Le Vent se Leve, le festival Mich’to La Noue, le Carnet de routes à Alençon ...)
Ma seconde fille naît, je compose aussi pour et avec des enfants lors d’ateliers participatifs (« Soleil Yaya » « Choeur à l’ouvrage »), j’accompagne en tournée le chanteur Karimba en tant que percussionniste et le danseur de Butoh Atsushi Takenutshi en tant que vocaliste improvisateur. C’est lors d’une tournée aux USA avec ce dernier que je découvre la culture amérindienne et son chant sacré qui vont profondément influencer ma pratique artistique… « Les mots sont des fleurs de guérison !» me dira un travailleur social québécois chez William Commanda, chef indien réunissant dans ses cercles de parole des personnes issues de différentes traditions spirituelles. Au retour de cette tournée, alors que je dévale à vélo la rue de Stalingrad à Montreuil Christian Pfol producteur du film « Voyage en mémoires indiennes » me hèle pour me dire qu’Art Stephenson, homme-médecine du Yukon (Canada) vient d’arriver en ville et qu’il cherche un homme du feu pour une cérémonie… Ayant fait le feu pour la cuisinière de ma mère depuis l’âge de 7 ans : je me lance et c’était parti pour de nombreuses années d’initiation à la pratique des cérémonies sweat lodge riches d’enseignements ancestraux… Je chante alors en cercle et en anglais, espagnol, hébreu, sanskrit, arabe, latin, lakota… des chants-médecine qui me sont transmis lors de cérémonies de prières à la Patchamama.
En tant que musicien intervenant à l’Espace Dynamique d’Insertion Nord-Ouest en Seine Saint Denis, je co-organise à partir de 2008 un vaste projet d’éducation populaire où de jeunes adultes en insertion se retrouvent sur scène avec des musiciens pros issus de la world et du jazz. En plus de nombreux concerts qui nous emmèneront jouer jusqu’en Allemagne et d’un documentaire de 20mn « Un bout de chemin ensemble » réalisé au début de cette aventure par Julien Renucci de l’association Cinévie, nous enregistrerons 2 albums en studio:
« Wapan » mélange de chants amérindiens revisités et de compos personnelles avec clarinette/contrebasse/djembe/tablas/chorale amateure le tout enregistré à l’ancienne, tout le monde dans la même pièce au studio Cargo par Antoine Demantké et
« Secrète Muzik Manifesto » où se rencontrent des chants spirituels de différentes traditions (bouddhiste, amérindienne, chrétienne, soufie…), les beats massifs de Stékri du théâtre Le Vent Se Lève et le slam halluciné d’Hostill Fab, jeune poète d’une banlieue cosmique…
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En 2012 ma route croise celle de Julie Desjeans, artiste pluri-disciplinaire (elle décharge des cartons de Quinoa avec Marianne Sébastien de l’association Voix Libres la première fois que nous nous rencontrons à Genève, mais ce sera vraiment à Toulouse dans une chambre d’hotel puis en pleine nature dans les contre-forts pyrénéens qu’auront lieu nos premières célébrations communes… ) Quand nous avons repris la route à l’aube pour retourner en Suisse, une douzaine de couples d’aigle nous saluèrent d’une chorégraphie puissante dans un ciel fauve. Ensemble nous allons former le duo UT&CO chant/danse/musique du monde et sortir l’album auto-produit
« De la Source à l’envol… » accompagné de « Prières païennes », spectacle filmé entrecoupé d’interviews. Financé par un crowdfunding ce projet nous emmènera tourner pendant plusieurs années en camping-car avec des spectacles/performances mêlant musique/danse/théâtre/peinture/vidéo/land-art: résidence-concert au festival World Meeting en Allemagne, nombreuses performances de rue (parfois en compagnie des enfants, notre fille et donc une troisième « belette » pour moi, naitra en 2014: toutes les 3 sont musiciennes, violon/accordéon/clarinette/piano et la musique ensemble nous aura bien aidés à nous harmoniser en tant que famille recomposée…) Festival La Font Blanche, Par ici la danse, Festival du vivant, Centre d’Art d’Audierne, festival des Croqueurs de Pavés où nous commençons à travailler sur scène avec le feu, Espace d’Art Contemporain d’Orléans, nombreuses performances en Suisse, Cabaret Sauvage (Paris) lors de la sortie officielle du film « En Quête de Sens » dont une de mes musiques se retrouve dans la B.O
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Puis viennent des années plus sombres financièrement mais formatrices sur le plan de l’être, pendant la période Gilets Jaunes et Covid au cours de laquelle je perds mon statut d’intermittent, suite à de nombreuses annulations de concerts dues sans que ce soit clairement dit par les organisateurs à mes prises de position sur scène en sympathie avec le mouvement social et plus tard clairement contre la dictature sanitaire (nombreux concerts sous le manteau et soutien artistique à Réinfo Covid du Dr Louis Fouché) Ceci dit entre autres raisons plus ou moins avouable dans le cadre d’une biographie officielle: comme celle d’avoir clairement préféré les bords du lac du Salagou avec un feu et une trentaine d’amis venus pour célébrer aux salles de concerts avec masque obligatoire et pass sanitaire à l’entrée et oui un cachet mais si le coeur n’y est pas ? « UT&CO fait son cinéma » 13 vidéo-clips à écouter/regarder comme un album de couple et de famille au parcours atypique témoin de cette époque, entre intime et politique…
Un jour que, dans mon camping-car sur un parking du Vigan dans les Cévennes, juste derrière La Villoiseau (où la tribu des Arcs-en-ciel nous accueillit à bras ouvert, grâce leur soit rendue !) je suis en train de répéter une nouvelle chanson
« La Rose et le Réséda » en adaptant ce célèbre poème d’Aragon écrit pendant la Résistance pour dire ce que j’ai à dire aujourd’hui de la situation de mon pays, un rouge-gorge vient se poser sur une branche proche de la fenêtre ouverte et groove de la tête pendant toute la chanson, acquiesçant clairement aux paroles et à la musique… Selon une légende grecque il aurait volé le feu aux dieux pour l’apporter aux humains et selon une légende médiévale, ému par le Christ sur la croix il aurait cherché à lui enlever avec son bec les épines de la couronne plantée dans son front, se retrouvant éclaboussé de sang, d’où sa gorge rouge !
Je ne sais pas si c’est moi qui n’est vraiment rien compris au business de la musique (pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé d’y participer: il fut un temps où les lettres de refus des labels tapissaient « partout même dans les toilettes » comme le chantait Bobby Lapointe, les murs de mon studio) ou si c’est le business de la musique qui n’a jamais voulu de moi (et de mon message, par exemple celui de « La Paix de l’eau » écrite suite à la bataille de Sainte-Soline), toujours est-il que mes chansons n’auront jamais, jusqu’à présent, trouvé de producteur, ni d’éditeur ni de distributeur… mais « la musique n’est pas une marchandise » dixit Bernard Lubat et ça ne m’aura pas empêché de faire tourner le message pendant plus de trente ans !
Cette quête de la Parole (« The Deep Talk » comme disent les Lakota ou « la Parole au coeur du corps » selon Annick de Souzenelle) m’amènera en Occitanie où résonnent encore la culture des Cathares et des Troubadours. « Se Canto ! » adaptée d’une chanson de Francis Cabrel et enregistrée roots avec des enfants en témoigne. Filiation dans laquelle il me plaît bien de m’inscrire (même si je ne parle pas l’occitan, ni le breton d’ailleurs, c’est plutôt au contact des peuples premiers que j’ai commencé à sentir le pouvoir spirituel de la langue) ce qui me ramène à mes premiers amours: la chanson française ! L’art de mêler les mots et la mélodie au plus près de ce qu’il y a à dire, de ce que le coeur ressent, le tout porté sur scène par un corps en mouvement à la rencontre des autres…
Aujourd’hui, riche de toutes ces aventures, je souhaite présenter mon nouveau projet sous l’égide du Rouge-Gorge. Il est revenu récemment sur une petite route de l’Aude me parler dans son langage d’oiseau et il a été très clair: retour à l’essentiel, dans le plus simple appareil ! Seul en scène avec guitare et tambour et le désir affirmé de faire sens, de servir l’humain, d’honorer la vie ! J’y chanterai donc l’amour et sa quête initiatique, ce que je pense de cette société qui part à la dérive et l’appel à une spiritualité ouverte comme ferment d’un monde nouveau à inventer ensemble…

